Décembre 19 : les 2C2I et la technostructure.

Ce qu’il s’est passé à Rouen, dans les heures et les jours qui ont suivi l’incendie de l’usine chimique de Lubrizol, le 26 septembre 2019, est de notre point de vue, une indication de plus du besoin criant de passer à l’Internet des Capteurs et d’une façon plus précise à ceux de Biomesures, car, une fois encore, il s’agit de pister et de comprendre la dispersion de polluants potentiellement toxiques pour tout ce qui est vivant. Dans l’éditorial d’Octobre, le parallèle était fait entre les catastrophes chimiques précédentes les plus marquantes.

Celle de l’atrocité de Bophal, dont les conséquences étendues se révèlent encore aujourd’hui et celle de Seveso, si impressionnante et dont le nom résonne si lugubrement qu’il sert maintenant d’échelle de classement des sites à hauts risques.

Jusqu’à présent, l’information, la tape sur l’épaule, le sourire engageant de l’autorité, la promesse de trouver et de châtier les coupables, ont réussi, plus ou moins rapidement à rasséréner les masses hébétées des survivants. Elles ont été la démonstration que l’ordre social restait inchangé et que la vérité descendait des couches supérieures de la technocratie pour humecter le sol populaire.

Il n’est aucunement besoin de condamner la technocratie active pour autant, chacune et chacun de ses membres fait son travail, gère son niveau, utilise ses protocoles et dépend de son encadrement, les personnes humaines ne sont pas en cause. Par contre, comme nous vivons à une époque qui chante les mérites de l’initiative, de l’action proactive, de l’épanouissement des connaissances, le dialogue et le débat, le schéma est non seulement obsolète et contreproductif, mais générateur d’une provocation à la révolte.

Ce que nous ont montré les images des discussions entre les représentants du pouvoir politique et les représentants des victimes directes et indirectes est instructif : il ne semble plus possible pour les premiers de temporiser ni de tenter d’endormir les seconds.

Les comptes sont demandés directement et immédiatement et dans le dialogue parfois très tendu, la réponse « nous ne savons pas encore » qui est souvent la plus honnête est la plus facile à faire passer, mais temporairement, car il ne faut pas exagérer, si la vérité ne sort pas rapidement, des contrevérités se chargerons d’entretenir les conflits.

Que faut-il faire ?

Lors des catastrophes issues des guerres ou naturelles, les citoyens victimes ont tôt fait de se transformer en sauveteurs, supplétifs et assistants, mais actifs. S’occuper est aussi indispensable que de réagir rapidement, d’apporter ses mains et ses outils à la recherche, au déblaiement, à l’extinction des foyers. C’est un réflexe, parfois dangereux, révélateur de l’état d’une société et d’une civilisation, l’indifférence et l’égoïsme aussi, la passivité encore plus.

En cette fin 2019, nous ne pouvons qu’espérer que la ou le 2C2I apprenne à utiliser au mieux ce qui est mis à sa disposition par les outils numériques acquis, mais qu’aussi de plus en plus, la technocratie apporte en plus de ses consignes et de ses outils classiques, une nouvelle génération d’instruments de mesure, capables par exemple de détecter les teneurs en plusieurs catégories de polluants.

La distribution de ses nouveaux capteurs, permettra alors de multiplier les points de mesure, assistant les services professionnels pour aider à cartographier les conséquences et aider à la reprise en main des lieux atteints, lutter contre le manque d’information et établir un dialogue reconstructif.

Le cas Rouen serait alors connu dans l’avenir pour une toute autre raison : la prise de conscience par les Etats que les 2C2I ou Citoyens Contemporains, Internautes Inquiets, ne doivent plus être considérés comme de simples identifiants, pseudonymes ou révélés déversant sur les réseaux sociaux des billevesées, d’acides commentaires ou se fixant des points de rendez-vous de contestation.

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