Mai 2020 : Covi-talité !

L’immobilité, quelle redoutable expérience ! Elle nous en apprend tellement sur nous, notre comportement collectif, notre impact sur notre environnement, nos semblables, notre habitat proche et lointain, nos habitudes et leurs conséquences, des plus globales aux plus infimes. L’état de clôture universelle a érigé la lenteur et l’absence en normalités, nous renvoyant pour ce qui concerne notre mobilité et nos échanges au moins un demi-siècle en arrière ! Avec la formidable chance d’avoir les bons outils de mesure.

La civilisation humano mécanique ne s’est pas figée.

Un puis deux mois d’arrêt total ? Que nenni, partiel tout au plus, car beaucoup ont continué, opiniâtrement, courageusement, vaille que vaille à assumer leurs tâches pour que tous mangent, boivent, dorment, se soignent et fonctionnent, certes le plus souvent en circuit fermé.

Une bonne occasion de se rendre compte de ce qui est indispensable pour assurer un minimum de normalité contemporaine et de ce qui manque incontestablement lorsque l’on en est privé.

Ce ne sont pas les mêmes choses pour toutes et tous. Un consensus semble pourtant se dégager autour de la notion de présence physique. Une démonstration assez cruelle que le virtuel, dont l’usage est maintenant bien compris, se révèle au grand jour comme un palliatif d’usage et non un objectif de remplacement à nos interactions.

L’humain serait-il donc vraiment grégaire, au sens zoologique ?

L’aspiration à la rencontre s’est trouvé un moyen d’expression s’incarnant dans un ancien jeu sur console : « Animal Crossing® ». Son principe est un parcours de socialisation plutôt calme et méthodique que l’on offrait volontiers aux pré-adolescentes pour les familiariser avec les commandes du numérique.

Rien de bien révolutionnaire, sauf la rencontre, sic, entre l’interface conviviale de la dernière version en date et un public avide de calme, a provoqué un succès que l’on pourrait qualifier, si l’on osait, de pandémique.

Remarquons que l’exercice se déroule dans un espace clôt, loin d’un jeu de conquête, et que l’objectif est de construire, sans grande ambition d’accumulation. Est-il l’expression d’un désir profond de notre société, accepter sereinement des limitations objectivement insupportables, parce qu’un organisme microscopique a décidé de nous décimer ?

Celui-ci n’est pas le premier et ne sera pas le dernier. Sera-t-il comme beaucoup le disent, le point de retournement de notre comportement ambitieux et dévorant en tant qu’espèce dominante ?  

Elle nous a appris beaucoup sur un sens du collectif, plus qu’encouragé, très imposé par nos gouvernements et nos scientifiques : restez chez vous, télé-travaillez, limitez vos déplacements, n’outrepassez pas. Et globalement, nous avons répondu : d’accord !

Très peu de voix se sont élevées contre les mesures imposées, les faibles contestations se sont faites via Skype®, les commentaires d’opposition furent faibles, pas d’appel à la désobéissance de masse, pas de prolongement dans la rue, pas d’insubordination active.

Une surprise sans aucun doute pour certains gouvernements, mais un signe plutôt encourageant pour jauger de la maturité d’une société capable de comprendre les dangers d’une pandémie et d’aller collectivement à l’encontre de ses intérêts matériels.

Du point de vue de la Biomesure, c’est une période riche : les citoyens font de la science sur leurs tables et devant leurs écrans. Il la laisse entrer dans leurs vies et leurs changements d’activités provoquent un tel contraste que nous allons pouvoir mesurer, débattre et évaluer en commun, tous étant témoins, des plus sceptiques aux plus alarmistes, les conséquences de notre action sur notre Planète.

Pas d’avions pour zébrer la couche d’ozone ou déchirer les tympans des riverains d’aéroports, peu de voitures sur l’asphalte pour mélanger l’atmosphère avec leurs émanations pestilentes, beaucoup moins de métros dans les tunnels noirs de poussières de freins, si peu de piétons dans les rues que l’on peut savoir aux bruits de leurs pas quelle est la race du chien qu’ils promènent, si brièvement.

Il faudra quelques mois pour établir les réels bilans des répercussions de nos actes manquants, lorsque nous nous serons progressivement et sans doute prudemment, rétablis dans nos habitudes.

L’environnement retrouvera alors la pleine charge de ce que nous lui faisions subir, sans en avoir conscience et en pensant que cela n’est pas si grave, dans l’étrange civilisation qui était la nôtre il y a encore quelques mois.

Nous allons bientôt recevoir les données importantes sur la composition de l’atmosphère, sur la diminution des taux de polluants, sur la répartition de ceux-ci, sur la permanence de zones à risques.

Nous allons aussi nous rendre compte que la vie revient si vite avec tant de force que nous regretterons sans doute les images urbaines et pourtant bucoliques d’animaux réputés timides et sauvages traversant les autoroutes, les parcs, les rues et les ports, se rapprochant des quelques humains de sortie, observant avec surprise tous ces magnifiques sites bétonnés rendus à ceux qui les occupaient il n’y a que quelques décennies.

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