Eléphant de mer et laborentin de l'Océan.

Les éléphantes de mer font de bonnes (auxiliaires) scientifiques.

Mieux connaître l'océan, sa vie, ses œuvres, sa faune et ses drames, est une tâche ardue mais vitale pour notre survie collective. L'être humain, souvent responsable des dégâts, cherche partout des alliés motivés et talentueux pour l'aider ... et en trouve parfois.

Un bon exemple de coopération inter espèces est celui développé depuis près de 5 ans entre un groupe d'organismes de recherches Européens (voir article) et plusieurs groupes d'éléphants de mer.

"South Elephant seal as Oceanographic Samplers" "L'éléphant de mer austral, laborantin de l'océan".

Que peut-on faire si l'on rassemble le système Argos, des capteurs de température, de positionnement et de salinité, un vaste Océan, primordial pour les échanges thermiques et CO2 plus le CNRS, l'Université de Saint Andrews et trois des plus grandes colonies d'Eléphants de mer ?

Prendre des mesures.

Sous son aspect un peu bonasse à terre, l'Eléphant de mers, surtout les éléphantes, petites et agiles (400 kilos) forment une variété très performante de mammifères marins, capables de plongées longues et profondes ainsi que d'accomplir de vastes périples autour du 6ième continent pour traquer ses proies favorites ou échapper à ses quelques prédateurs.

Ayant cessé d'exploiter le gras et la viande de ces animaux, il fallait bien que l'homme leur trouve une nouvelle utilité, non létale cette fois et, si l'on se fie aux pédigrées des chercheurs, constructive et positive, bien que cette collaboration fructueuse commence par une capture et une mise en sommeil.

L'objectif du projet SEaOS était triple : ausculter l'océan aux fins d'observer sa dégradation environnementale, suivre les Eléphants afin de mieux calculer la résorption des stocks de proies et en corollaire vérifier à quelle vitesse leur espèce est menacée de disparaître.

Avec un tel cahier des charges, il vaut mieux être d'un tempérament optimiste pour se charger de la besogne. Les chercheurs de l'Austral sont, un peu, comme les moines en temps de peste, ils administrent l'extrême onction d'une main, prennent des notes pour élaborer de nouveaux traitements de l'autre, tout en enseignant la paix et l'amour.  

Pour ce qui le concerne, atteint d'un dimorphisme sexuel prononcé, l'éléphant de mer mâle est trois à quatre fois plus volumineux que ses graciles compagnes qui s'agglutinent par dizaines autour de lui en quête d'attentions appuyées (environ une tonne et demi de graisse et de nez). Affublé d'un appendice nasal volumineux et plus ou moins érectile, le gros pacha du troupeau n'est pas l'objet des attentions technologiques des chercheurs ; ceux-ci préférant le plus souvent apposer leurs mains, puis leurs balises sur les sveltes femelles, quatre cent kilos tout de même.

L'éléphant est au centre

Pour faire de bonnes mesures, il faut varier les échantillons, leurs durées, les lieux, aussi trois des principales colonies, Géorgie du Sud, Macquarie et Kergelen ont étés sélectionnées pour participer à l'étude, qui a duré entre 2004 et 2006.

Les animaux choisis, 85, il convenait de les équiper d'une balise originale, conçue, mise au point et produite par la SMRU, Sea Mammal Research Unit, l'unité de recherche de l'Université de Saint Andrews, en Ecosse bien sûr.

Il s'agit dune balise multifonction, qui comme toutes, permet d'identifier et de suivre les trajets de l'animal ou de l'objet sur lequel elle est posées, mais dotée de plus de quelques capteurs appropriés au milieu dans lequel elle passera le plus de temps utile : la mer.

Et ce que l'on peut mesurer dans la mer, en particulier la salinité et la température, combinées avec les déplacements apporte des données essentielles pour comprendre beaucoup de choses, restées jusque la obscures, et qui ne pouvaient certainement pas être éclaircies au moyen de quelques sondes, voire de mesures satellitaires.

Nos éléphants sont donc bel et bien transformés en assistants chercheurs actifs et vont faire profiter leurs mentors, pendant plusieurs mois, d'informations prolifiques et totalement inédites dont la valeur inestimable en regard de la relative ignorance dans laquelle était plongée le monde scientifique quand à la compréhension de l'hydrologie du grand Sud.

La balise est remarquable aussi par son autonomie, puisqu'elle peut collecter des données pendant au moins huit mois avant que les balises ne se détachent naturellement, lors de la mue, ou soient récupérées par les chercheurs.

Bien entendu, les éléphants sont libres d'aller où ils veulent, c'est-à-dire de suivre le poisson, ce qui apporte aussi son lot d'observations, et on ne peut prétendre à ce que ce système soit exhaustif ou dirigé, il n'empêche que la collecte est suffisamment bonne pour que l'on estime que la quasi-totalité des renseignements sur les salinités et les températures connues pour des profondeurs jusqu'à 1 500 m, sous la surface et sous les glaces, sont redevables à cette extraordinaire expérience.

Pour en savoir plus : http://www.lecerclepolaire.com/art_c_guinet_elephant_oceanographe.htm

Responsable : Christophe Guinet Chargé de Recherches au CNRS, Coordinateur français du programme SEaOS, membre du Comité d'experts du Cercle Polaire.

SMTU profil avec balise