Tendance psychosociale

Quand le débat s’enfume.

Lorsqu’une grande métropole Européenne a décidé, à la fin du printemps 2016, d’instaurer une expérience de circulation alternée, en période de canicule sans vent, des empoignades mémorables virent vu le jour entre auditeurs décriant la méthode et plus étrange, entre journalistes et polémistes.

L’expérience ne dura qu’une journée, petit extrait :

Auditeur 1 – cela ne sert pas à grand-chose ce truc, parce que moi, j’ai vu à la campagne que des voitures qui n’avaient pas la bonne immatriculation, elles roulaient quand même !

Journaliste 1 – Merci de votre témoignage, on se demande quelle mouche a piqué le Ministère des Transports, imposer comme cela, sans préavis, une mesure restrictive qui n’avait pas été utilisée depuis des années.

Polémiste 1 – tout cela pour se rendre compte que les supposés pics de pollutions n’ont baissé que de 15 %, alors que c’est la moitié des voitures qui ne devraient pas circuler !

Polémiste 2 – Pas tout à fait la moitié, on voit bien que les véhicules prioritaires ne sont pas concernés, pas plus que ceux de l’administration, celles des Ministres, comme par hasard !

Auditeur 2 – Bonjour, j’ai vécu à l’étranger, on pratiquait la circulation alternée et cela marchait assez bien mais il fallait plusieurs jours pour constater des effets qui… Clac, coupé.

Polémiste 2 – Voilà qui prouve que les automobilistes de notre pays ne sont pas toujours très respectueux des consignes.

Polémiste 1 – On les comprend, car une baisse de pollution de seulement 15 % ne justifie pas d’embêter autant de gens. En plus, ce sont les chiffres officiels, les vrais doivent être bien mauvais !

Journaliste 2 - Et maintenant une pause dans notre débat sur l’insanité des mesures gouvernementales


Si ce n’est pas une retranscription mot pour mot, l’esprit d’ensemble est respecté. Après avoir suivi attentivement, on pourrait se dire que le résultat était remarquable, bien des villes telles que Los Angeles ou Shanghai auraient pavoisé. Il apparaît aussi que les protagonistes, à part celui qui fut coupé, manquaient furieusement de recul scientifique et d’information sur la dynamique des pollutions atmosphériques.

Cela revient-il à dire que l’on ne peut rien faire, que les sacrifices, même passagers, sont inefficaces, que de telles dispositions sont purement politiques, au sens arrangements scabreux du terme ?

Pas d'outils, pas de vrais chiffres

L’erreur fondamentale n’est-elle pas d’avoir négligé un aspect essentiel de notre époque ?

Les moyens de production, de diffusion, tout autant que de contrôles et de réponse sont entre les mains de structures organisées jugées trop distantes. Qu’elles soient des entreprises, des systèmes politiques ou des organisations tierces, elles ont au fil des âges, apporté des gains immenses en termes de productivité et de consommations.

Ce qui fut fait en négligeant fatalement une chose importante : la nécessaire implication de l’individu dans le destin collectif.

Et si, tout n’était qu’une question de mesures ? Serait-il possible de donner à tout un chacun les moyens de savoir et de comprendre ce qu’il se passe dans son environnement immédiat, de tester ce qu’il mange et ce qu’il boit, de se percevoir sans filtres, de se gérer en toute connaissance de cause ?

Plus d'outils, moins de doutes ?

Oui, facile avec une forte dose d’optimisme.

L’observation des forums sociétaux, y compris ceux qui incitent sans vergogne au trollisme distingué, montre, il nous semble, une montée en puissance d’une exigence en données chiffrées et vérifiables dès lors que le sujet porte sur l’environnement, la détection d’épidémies, les vaccinations préventives, les produits OGM, le stress, la malbouffe… Des choses à la fois très partagées et assez personnelles.

Les diatribes classiques qui explosent sur les socles de réflexion, « votre raisonnement est « oiseux » car vos données sont » :

a) fausses, b) truquées, c) mensongères, d) orientées.

Pourraient, avec un effort de bonne volonté faire place à :

a‘) incomplètes, b’) peu fouillées, c’) mineures, d') inexistantes.

Cela interpellerait et signifierait que les internautes mûrissent, ce qui serait logique après 25 ans de pratique de blogs, commentaires et réseaux sociaux. Certains en ont ras le clavier d’être considérés comme des prédateurs oisifs ou des proies naïves.

En étant très positifs, nous estimerions presque que la gentillesse, le Kawaï, les Bisournours®, les Poneys-NG seront des normes du Néonet.

En étant pragmatiques, nous observerons que la poussée de la demande en « fact-checking », ou vérification des faits, nous conduira à légitimer la généralisation de l’augmentation des points de mesures, au risque de nous prendre la réalité dans la face.