Web, évolutions

Un Web en multicouches (fines.)

  • Il existe un vaste réseau de communication protéiforme, dont les capacités en termes de débits, de vitesses et de capacités de stockages augmentent en permanence.
  • Il existe une collection croissante de matériels permettant de communiquer via ce réseau.
  • Il existe une foule d’intervenants proposant d’utiliser ce réseau et ces outils de façons variées, modestes ou puissantes, limitées ou planétaires.
  • Il existe une croissance quasi-exponentielle des fonctions et services qui nous sont proposés, parfois imposés, par la conjonction de ces phénomènes.

Et plus que tout…

  • Il existe une très vaste population d’utilisateurs, demandeurs de nouveautés, de contacts, d’informations, de divertissements et même de progrès réels.

Autant l’avouer tout de suite, ce site n’est pas une critique acerbe du Web, car nous le pensons largement positif, ni un dénigrement de son utilité. La littérature anti-Web comporte de nombreux ouvrages, (accessibles en ligne), sur les effets négatifs d’Internet, certains prônant sans hésiter et sans trop réfléchir, la remise en cause de son existence.

Si vous faites partie des allergiques, vous allez souffrir un peu plus en nous lisant. Mais, si nous sommes convaincants, en vous offrant des perspectives nouvelles et des usages inattendus, peut-être modifierez-vous votre perception ?

Une industrie fille de l’écriture.

L’internet, considéré comme un pan de la civilisation humaine contemporaine, forme un progrès majeur, offert, ou parfois imposé, à notre espèce pour vivre autrement. En comparaison nous pourrions citer la station debout, qui en dégageant le larynx, nous a permis de concevoir le langage articulé et, en libérant les mains, la domestication du feu, la création des armes de jet, le passage à l’élevage, l’agriculture et les gestes expressifs.

Nous pourrions faire l’analogie avec d’autres avancées marquantes de notre histoire récente : le levage de charges lourdes, la métallurgie, l’utilisation de la roue, sans oublier la conception des coques de navires avec ligne de quille, membrures et bordées. Autant de révolutions qui ont toutes favorisé la production d’outils, de véhicules et d’habitats, plus hauts, plus vastes, plus rapides et plus forts, pour des coûts relativement constants.

L’internet, que nous pouvons envisager aujourd’hui avec suffisamment de recul, a provoqué en mode accéléré, des bouleversements similaires à ceux qu’initia l’imprimerie mécanisée, qui en son temps, extirpa l’écriture et l’édition des mains de quelques spécialistes chenus, pour livrer les savoirs aux yeux du peuple, surtout sa partie favorisée au début. Ce qui força ledit peuple, ou tout au moins une part grandissante, à apprendre à lire, contrainte souvent ressentie comme une corvée de plus. À l’instar de l’écriture en son temps, l’imprimerie par la suite, puis la radio et la télévision, l’Internet sert à tout et à tout le monde. Il génère ses propres sagas, ses excès, ses succès et échecs, ses codes et son vocabulaire.

Nous en sommes fascinés, car la vitesse de déploiement et d’évolution de la chose le mérite. Cette attraction est pour quelques alarmistes, teintée de frayeurs et de répulsions, car l’outil s’emballe, les pratiques révoltent et les gains semblent outrepassés par les assujettissements. Il ne faut pas oublier que nous parlons d’une aventure récente, un court moment de l’histoire, rapporté à l’échelle de la période industrielle.

Devrions-nous avoir peur de ce qui est une transposition fulgurante de ce que l’Esope Phrygien nommait le pire et la meilleure des choses, la langue ? L’internet contemporain extrapole le vecteur antique de ce que nous nommons l’expression et n’ayons pas peur, l’expression libre !

Le seul hic provient du fait qu’il ne s’agit plus de véhiculer le savoir sous une forme contenue, calibré par l’oral ou l’écrit. Elle devient globalisée, intégrant toutes les formes énonciations, ou presque, l’odorat étant peu sollicité pour l’instant. Aujourd’hui, nous pouvons exprimer et diffuser nos idées, nos actes, une bonne partie de notre vie, de nos opinions, de nos réactions et paroles, de nos goûts vestimentaires et alimentaires sans oublier le reste. Le plus drôle est que cela peut aussi se faire à notre insu. Le Web nous fait passer dans l’ère de l’interactivité généralisée car, de receveurs passifs d’informations, nous devenons des milliards de relais et d’acteurs, parfois très conscients, parfois totalement ignorants, d’échanges croisés.

C’est dans la poche.

Une autre grande analogie entre l’Internet et l’imprimerie est la miniaturisation du support. À l’aube de son temps, l’écriture fut portée par des tablettes en terre, des fresques murales, des obélisques, des papyrus, de lourds rouleaux, des peaux de jeunes bovins puis enfin du papier et des livres reliés, pour finir dans les poches.

En regardant au plus près l’évolution du hardware, nous remarquons que les matériels aptes à échanger via l’Internet sont, eux aussi, de plus en plus petits. Et de moins en moins dépendants d’une intervention humaine. Pour des tâches simples au départ, comme un appel téléphonique, nous avons commencé en nous fiant à un nom avant une série de chiffres, puis une commande vocale, revenant ainsi à un phonème naturel.

Nous pouvons déclencher un appel par une date d’anniversaire, un rappel de facture à régler, une proximité géographique, ou toute autre forme d’empathie assistée. Un smartphone est capable, en fonction de notre attitude ou expression faciale, de proposer de contacter une belle-mère, ou de refuser son appel, ou la docteure, le coiffeur. Bientôt et pour nous rendre la vie plus simple, il pourra lire nos pensées via un petit capteur cérébral.

Automatique ou machinal ?

Après tout, nous en sommes à banaliser des opérations complexes tels que les règlements des bornes de péages, sans nous impliquer dans le geste. L’autorisation dépend d’un paramétrage de l’application, la possession du smartphone valant pour titre et décision. De nombreux échanges deviennent machinaux, ce qui est très reposant. Ils se font sans nous demander si nous en avons pleinement conscience, ce qui est perturbant, surtout, si l’on a laissé traîner des fichiers… Disons intimes, ou que l’on fasse peu de cas des basiques précautions d’usages, que l’on s’était pourtant juré de ne jamais transgresser.

Or, dans "l’Internet des Capteurs", une très grande quantité de données seront échangées sans que l’utilisateur n’en ait la moindre perception. Certains cas de Biomesures impliqueront des informations intimes et confidentielles, autant le savoir tout de suite, car de nombreuses notions sur la propriété des informations, les possibilités d’en faire état et la responsabilité des fuites éventuelles risquent de prendre des proportions encore inconnues.