Éthique et/ou marketing ?

Pourquoi pas les deux ?

Les Biomesures, pour se mettre en place, vont utiliser les infrastructures existantes du Web avec des objets nouveaux, des capteurs intelligents, dont la plupart doivent être conçus et développés, ce dont s’occupent activement des entreprises innovantes. Celles-ci vont avoir besoin de soutien, de producteurs, de distributeurs et de clients.

Que la finalité des Biomesures soit l’optimisation généralisée n’empêche pas qu’elle ait un discours de vente, qui va s’axer sur trois thèmes principaux :

  • Le besoin de précision sur ce que nous avons et ce que nous faisons.
  • L’individualisation de la connaissance comme support pour un meilleur partage du savoir.
  • L’indispensable participation de tous à la marche d’un progrès mesurable.

Et là, nous percutons de plein fouet le scepticisme ambiant, car la marche du progrès est loin d’être irrépressible ou régulière.

Elle est non linéaire, faite d’à-coups, de reculs et de renoncements. L’observation de l’évolution nous convainc pourtant que tout perfectionnement nouveau est une rupture, un bienfait, une révolution.

La plupart des arts, surtout le septième et le huitième sans oublier la littérature nous en ont proposé bien des variantes du futur, depuis les récits mythiques jusqu’au CGi3D+.

Force est de constater un hiatus entre les perspectives et les réalités.

Le présent est-il mieux que ce que le passé disait du futur !

La fin du XXe siècle a connu une décevante décélération du progrès apparent. Les avions commerciaux stagnent sous la vitesse du son, les voitures ne volent pas haut malgré des jantes de 22 pouces, les clones sont des moutons et l’on ne va même plus sur la Lune. Pour les repas, les pilules à avaler sont digestives.

Nous pourrions ronchonner sans fin sur ce qui n’est pas arrivé et a manqué pour nous procurer le bonheur ouaté de la société planétaire.

Plus préoccupant, elle a failli à apporter nourriture, santé, hygiène et instruction à chacun de ses nombreux membres.

Dans de telles conditions de déception, existe-t-il encore un avenir pour le futurisme ? Combien de temps patienterons-nous pour connaître la réponse à cette question ?

Si nous souhaitions être raisonnables nous abandonnerions le plaisir d’imaginer notre avenir, pour la bonne et simple raison que les faits sont terriblement plus tristes et pesants que ce que nous souhaiterions. Ce pessimisme lattant explique sans doute la prolifération des autobiographies de zombies et pourtant !

Si bien des entrepreneurs ont émis des annonces optimistes, d’autres ont largement minoré l’importance de vastes changements, dont peu étaient attendus : les communications très haut débit, les ordinateurs dans la poche, la généralisation de la puissance de calcul en sont des exemples marquants.

 

Les romans de science-fiction des années 1950 à 1970 font rarement état de l’informatisation accélérée de la société et de ses conséquences profondes dans l’organisation de la civilisation.

Un ordinateur pensant, parlant et donc assassin chez Arthur_C._Clarke, une machine globalisante et indifférente chez A.E.-Van-Vogt des cerveaux positroniques, bienveillants et totalement inefficaces, chez Isaac_Asimov, ont jalonné l’arc narratif des grands auteurs de l’ère pré-transistorique.

Il faut attendre les années 1980 pour que l’informatique soit reconnue comme une majeure intéressante du point de vue romanesque. Elle est présentée en puissance folle, préoccupée à asservir et conquérir, ou juste tout détruire pour simplifier !

La concrétisation d’une idée innovante semble donc accompagnée de celle d’une peur viscérale.

La plus fréquente nous instille la sensation d’être dépassée comme espèce créatrice de monstres, nous ressemblant tant que leur seule perspective est d’améliorer des inventions qui, entre leurs griffes ou dans nos mains, nous détruiront.

Cette perception du changement est ancienne, elle a commencé par les destructions des puissances créatrices par leurs créatures, une constante des mythes antiques. Même Chronos qui dévorait ses enfants en a fait les frais, tué par Zeus.

Qui voulait d’un tel père ?

Nous devons en conséquence nous armer des méthodes aptes à parer en préventif ou en curatif, tout débordement ou détournement du progrès, contrôler les savants fous, les politiques mégalomanes et les technopathes de tous bords, le tout sans brider l’imagination et l’initiative !

Le programme de la conquête de notre Monde unique et préféré par les Biomesures doit commencer par le mesurer afin de le comprendre.