Web 4

L'internet des cafteurs !

Après les bouillonnements universalistes et indiscrets des réseaux sociaux, nous voyons poindre une tendance au contrôle, à l’autocontrôle, la paix des lignes et souvent la précensure et la remise au pas.

 

Permis d’inter-naviguer !

On observera que l’Internet est la seule infrastructure mondiale, accessible, sur laquelle nous puissions circuler sans formation, autorisation préalable et identification autre qu’une adresse IP, laquelle n’est ni définitive ni personnelle.

Essayez un instant de conduire, de voler ou de naviguer sans avoir appris, sans connaître les réactions et les dangers de votre vecteur de propulsion, avec une immatriculation aléatoire et en ignorant qui sont les autres usagers, leurs dimensions, motivations et comportements !

Il faudrait être totalement inconscient pour le faire sur la route ou dans les airs, qui requièrent formation et inspections avant de vous lâcher dans la circulation.

h bien non, sur le Web, vous pouvez foncer sans aucune autre forme de justification que celle disposer de l’outil pour le faire, à vos risques et périls… Qui sont compensés par une formidable liberté d’exercice et des possibilités d’exploration quasi illimitées, des rencontres et des découvertes, au prix de quelques précautions, des ajouts sécuritaires, une bonne dose de prudence…

L’internet s’est développé par soubresauts, bousculé régulièrement par les innovations agressives, les vols de données, les mises à sacs de serveurs et de sites, les tentatives frauduleuses de toutes sortes, contrecarrées par les mises à jour de systèmes et les filtrages de plus en plus serrées des couches de protections.

Le concept de l’internet est celui de l’échange libre, de l’absence de contrôles étatiques et de l’égalité des coûts.

La réalité est devenue celle de l’interception sauvage, de la surveillance généralisée et de la guerre économique.

L’internaute des origines se voyait comme un explorateur voguant vers les tropiques ensoleillés rencontrant des populations accueillantes avec lesquelles il pourrait nouer des liens intellectuels et affectifs joyeux.

Malencontreusement, les océans ont été aussi propices aux flottes de flibustiers et de pirates qui ont compris rapidement comment monétiser leurs prises, le succès des réseaux de contacts devenant une porte grande ouverte pour les manipulateurs de tous acabits.

Faut-il en être surpris ? Non, il serait fou de blâmer l’organe ou l’outil.

Tout allait d’un mal connu, jusqu’à ce que l’ampleur des problèmes, qu’ils soient financiers et d’envergure ou politiques et très suspects, n’alertent jour après jour les autorités responsables.

D’un dispositif ouvert et non policé, le Web est devenu une industrie similaire de celle de la grande distribution ou de la banque, dont il est lui-même tout autant le bras armé que le vecteur de diffusion.

Ce qui n’est pas inquiétant en soi, l’Internet n’a pas de point de vue sur sa propre utilisation, ce sont nos choix politiques qui se retrouvent calqués sur sa structure. Le problème vient de la puissance de l’outil, bien plus dévastatrice que celle des autres médias, presse, radio ou télévision, amplifié par le fait que tout un chacun peut s‘y exprimer sans réelles règles, contraintes ou restrictions.

Le Web des RGPD et suivantes, plus juridique que technique, sera sans doute celui des limitations de vitesses, du port de la ceinture obligatoire, du retour à la courtoisie chaperonnée, de la chasse aux trolls et du couvre-feu pour les adolescents.

Nous voyons çà et là, apparaître des libellés ornant des sites se présentant comme "sains", afin que les internautes en sortent "saufs". Il aura juste fallu quelques décennies de joyeux délires faits de libertés et d’insultes, d’initiatives et de malversations.

Cette partie du futur va s’écrire lentement, dans les instances internationales, les tractations diplomatiques et le réarrangement du monde, en fonction de notions compliquées telles que la traçabilité, le Web enfoui, l’anonymat, le droit de réponse, les spams, les chartes de bonne conduite et autres barrières, limitations et aire de repos des autoroutes numériques.

Il n’est pas ici notre propos de parler de limitations de cet outil polyvalent qu’est l’Internet. Actons donc que le Web 4.0, dit des juristes, se mettra en place besogneusement, sans les grandes innovations qui motivent notre propos.

L’axiome de la liberté sur le Net reste une valeur à défendre, elle l’est d’ailleurs jour après jour par ses fondateurs, qui s’inquiètent ouvertement des dérives d’un pouvoir qu’ils jugent excessivement mercantile et financièrement concentrationnaire.